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Les paysans sont inquiets à juste raison mais gardent l'espoir que leurs cultures seront bien arrosées pendant le reste de l'hivernage. Le ministre de l'Agriculture Agatam Ag Alhassane poursuit sa visite de suivi de la campagne agricole.
Après la région de Sikasso, il est actuellement à Mopti. Dans la localité de Taptala sur la route nationale 16 reliant Mopti à Gao, le champ de mil du chef de village présente un aspect peu engageant. Les jeunes pousses sont le résultat de 5 semis rendus nécessaires par le déficit de pluies malgré l'utilisation de la technique du zaï qui consiste à préparer les monticules en saison sèche et à y déposer de la fumure organique en attendant les premières pluies.
Le manque de pluie inquiète les paysans. Dans cette zone, pas une seule goutte de pluie n'est tombée durant le mois de juillet dernier.
Face à cette détresse, le président de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture du Mali (APCAM,) Bakary Togola, a demandé aux producteurs de ne pas désespérer de la pluie dans la mesure où son lieu de résidence, Sikasso, qui entre en hivernage beaucoup plus tôt que toutes les autres régions du pays, a vécu le même phénomène. Il a témoigné qu'actuellement, les pluies s'installent petit à petit dans la zone de Sikasso où des producteurs ont été contraints à des resemis. Bakary Togola a en outre demandé aux paysans de s'adapter aux changements climatiques et de bannir les comportements qui détruisent le couvert végétal. Car, a-t-il expliqué, la pluviométrie est intimement liée à la présence d'arbres.
La délégation a fait halte dans le champ de Guessema Kassambara dans le village de Amba. Occupé au désherbage de son champ de mil de 2 hectares, le producteur a, lui aussi, exprimé son inquiétude face au manque de pluies même si son champ présente un bon aspect végétatif. Guessema Kassambara a salué la subvention des engrais estimant qu'elle constitue « un appoint » non négligeable pour les paysans.
A Manko, le vieux Saky Dembélé exploite des parcelles de riz en submersion libre. Ce sexagénaire, a expliqué à Agatam Ag Alhassane, qu'il cultive ses différentes parcelles avec les moyens du bord à savoir des boeufs de labour et des charrues et qu’il réquisitionne tous les membres de sa famille pour les travaux champêtres. Le vieil homme qui a récolté 270 sacs de paddy lors de la campagne dernière et s'est acquitté entièrement de toutes ses dettes agricoles, n'a pas caché qu'il n'avait pas les moyens de payer au comptant les engrais subventionnés. Pour cette année, il a évalué ses besoins à 8 sacs d'engrais que le président de l'APCAM s'est engagé à lui fournir.
Le ministre a demandé à l'encadrement de lui apporter tous les conseils indispensables afin qu'il puisse exploiter judicieusement ses parcelles sans disperser ses efforts et ses maigres moyens.
LES ENGRAIS A CREDIT ?
Après avoir pris congé du vieux Saky Dembélé, le ministre de l'Agriculture et sa délégation ont visité des champs de Sobbo et Kokoro. Dans la première localité, les 75 exploitants du petit périmètre irrigué villageois (PPIV) ont souhaité la mise en place précoce des engrais dans leur zone et leur formation aux meilleures pratiques culturales. Hama Allaye Traoré, un des exploitants du PPIV de Sobbo, assure avoir récolté 40 à 50 sacs de paddy sur un demi hectare.
Amadou Boré, installé sur le périmètre depuis 19 ans, déplore la dégradation du canal d'alimentation, du magasin de stockage des produits et les difficultés de réparation de la motopompe du périmètre. "Le mécanicien sollicité demande à chaque fois 75.000 Fcfa comme frais de déplacement, cela sans préjudice des frais de réparation. Il profite de la pression des travaux champêtres pour monter les enchères", dénonce le paysan.
En guise de solution, Agatam Ag Alhassane a proposé la désignation par les producteurs de jeunes mécaniciens réparateurs de motocyclettes disponibles et prêts à être formés au centre de formation en mécanique agricole à Diré. Il a en outre a demandé l'intégration du réaménagement du périmètre dans les programmes d'aménagements hydro-agricoles du département.
Dans la zone du lac Aougoundou, les paysans font pousser le mil et le riz en culture de décrue. Les semis de ces cultures ont été réalisés au fur et à mesure du retrait de l'eau du lac. Le riz est à maturation. Le mil est au stade de tallage. A Oréouendou, un village frontalier de la zone du lac, le producteur de mil Ousmane Cissé a expliqué avoir acquis des semences "du tout venant" sur le marché. Il est sûr de pouvoir récolter jusqu'à 50 sacs de paddy en année de bonne pluviométrie.
Le directeur général de l'Office riz Mopti (ORM), Adama Berthé, a rappelé que les objectifs de superficies et de production de riz paddy au titre de cette campagne agricole sont de 38.640 ha pour une production totale de 81.961 tonnes. Cette production permettra de dégager une production de riz marchand de 52.495 tonnes pour un objectif de 42.238 tonnes lors de la campagne agricole précédente soit une progression de 24%.
Le ministre Agatam Ag Alhassane a achevé la journée de lundi par la visite du champ du président de la Chambre régionale d'agriculture (CRA) de Mopti, Amadou Yaranangoré, dans le casier rizicole de Tongorongo encadré par l'Office riz Mopti (ORM). Une visite qui s’imposait car Amadou Yaranangoré s'est prêté à une expérience que l'ORM mène depuis 5 ans : la récupération des terres impropres à l'agriculture en raison d'une part de leur envahissement par les herbes sauvages et d'autre part par la faiblesse de la crue du fleuve Bani et des pluies qui permettaient son exploitation optimale.
Le président de la CRA de Mopti a accepté d'expérimenter 60 hectares de ce périmètre traité au préalable avec les herbicides fournis par l'ORM pour nettoyer la parcelle. Il dispose d'un tracteur pour réaliser ses travaux champêtres, ce qui lui a permis d’ensemencer très tôt un champ qui souffre malheureusement du manque de pluie.
Appuyé par des paysans, Amadou Yaranangoré a défendu l'idée de permettre aux producteurs solvables d'acquérir à crédit des engrais subventionnés. Les producteurs qui avaient acquis les engrais lors de la campagne dernière sont à jour de paiement de leurs dettes, a-t-il plaidé.
En conséquence, il souhaite que le gouvernement puisse reconduire la même formule pour permettre à ces paysans solvables d'acquérir les engrais subventionnés par la même procédure que l'année dernière. La délégation ministérielle n'a pu satisfaire cette requête, expliquant que si certains producteurs sont à jour du règlement de leurs dettes, globalement il reste encore d'importants arriérés de paiement. Le gouvernement ne saurait de surcroit accorder une telle faveur à une seule région. La mesure de paiement au comptant vaut donc pour tous les producteurs.
M. COULIBALY
L’Essor n°16506 du - 2009-08-13 |