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La lutte contre les déprédateurs des cultures et des récoltes est complexe et coûteuse. Elle requiert, des moyens humains et matériels conséquents. La maîtrise de ces aléas est indispensable dans le rendement de l'agriculture.
Le secteur primaire est le socle du développement humain. Avec 43% de part dans le produit intérieur brut (PIB), 30% dans les recettes d’exportation et, constituant l’activité économique de près de 75% de la population active, le rôle de l’agriculture dans le développement économique du Mali, n’est plus à démontrer. Mais à l’analyse de la situation dans laquelle se meut notre agriculture, on est en passe de croire que le chemin qui mène à la sécurité et l’autosuffisance alimentaire est encore long.
La production céréalière connaît d’une année à l’autre, des pertes importantes. Qu’est-ce qui explique cela ? Pour le cultivateur, les causes sont bien connues : les aléas climatiques qu’il ne maîtrise pas et les attaques des ravageurs de tous ordres (insectes, oiseaux granivores, rongeurs, adventices et maladies).
La situation phytosanitaire dans notre pays est caractérisée par la permanence des infestations acridiennes (locustes, sautériaux), auxquelles s’ajoutent les invasions d’oiseaux et la pullulation de rongeurs. Cette situation est même endémique au niveau des aménagements hydro-agricoles.
Certains parasites comme les chenilles, les cantharides, les pucerons et les mouches de fruits, autrefois moins craints, ont aujourd’hui rallié la famille des déprédateurs de récoltes, compte tenu de l’ampleur des dégâts infligés aux cultures et l’étendue des espaces qu’ils peuvent ravager. A ces préoccupations de nature saisonnière, s’ajoute la menace permanente du Shistocerca gregaria, communément appelé, criquet pèlerin et dont l’habitat naturel se trouve au nord du pays, précisément dans la région de Kidal. Mais aussi, le criquet migrateur africain qui sévit dans le delta du fleuve Niger.
La maîtrise de ces aléas est indispensable dans le rendement de l’agriculture. C’est pourquoi, les pouvoirs publics ont depuis toujours, procédé à des actions de lutte contre ces ennemis déclarés de nos cultures. Mais ce combat a connu un début timide. Réduite à une simple section d’une direction technique, la protection des végétaux ne pouvait pas jouer efficacement son rôle, se souvient Oumar Békaye Dembélé, directeur général de l’Office de protection des végétaux (OPV). Cette structure technique peu connue du commun des Maliens, est pourtant née des suites d’un événement douloureux qui a secoué notre pays il y a quelques années. Ils s’agit de l’invasion des criquets pèlerins de 2004.
Spécialisation et autonomie. L’invasion des criquets a débordé notre petite équipe de spécialistes, mal préparée et peu autonome. Ceci a conduit à une véritable prise de conscience du danger que représentent ces déprédateurs pour la sécurité alimentaire des populations. Cela a abouti à l’éclosion d’une nouvelle stratégie de protection axée sur la mise en place d’une structure spécialisée et autonome.
Le premier acte de cette volonté de l’État à vouloir faire du développement de l’agriculture sa priorité, a été la création en février 2005, de l’Office de protection des végétaux (OPV). Établissement public à caractère administratif, il est doté de la personnalité morale et jouit d’une autonomie financière. La structure a la mission transversale de sauvegarder les cultures et les récoltes sur l’ensemble du pays, tout en préservant l’environnement. Elle coordonne les opérations de surveillance des végétaux et des cultures en vue de signaler l’existence, l’apparition et la propagation des ennemis des végétaux et des produits végétaux.
Parmi les tâches de l’OPV figurent, la prise des mesures et la coordination des opérations de lutte contre les ravageurs en protégeant les cultures, les récoltes et la flore. Il procède à la désinsectisation. Il effectue des actions de développement et de vulgarisation des méthodes alternatives de lutte, de collecte, d’analyse et de diffusion des informations, la documentation technique et scientifique nécessaires en matière de protection des végétaux. Elle assure la formation du personnel d’encadrement rural et des paysans en matière de protection végétaux.
C’est ainsi qu’au niveau des collectivités, l’Office est représenté par des brigades de surveillance composées des paysans formés à la détection des nuisibles, aux techniques de prévention et de traitement, à la collecte et à la transmission de l’information.
Ces brigades sont appuyées par les services techniques d’encadrement de l’agriculture, des Offices de développement rural, des ONG et, des projets et programmes intervenant dans le domaine du développement rural. Ce mécanisme est prolongé par 25 pools de surveillance et de protection des végétaux au niveau des cercles et groupes de cercles. Ces pools sont raccordés aux services régionaux de protection des végétaux (SRPV). Cet ensemble constitue les niveaux opérationnels de la lutte.
Les situations phytosanitaires de grandes envergures telles que les invasions d’oiseaux, de criquets pèlerins ou une grande explosion de sautériaux sont prises en charge par les équipes techniques de protection des végétaux. A cet effet, des magasins de stockage de doses de pesticides sont opérationnels dans les régions. “Dans cette stratégie, nous utilisons l’ensemble des méthodes alternatives avant la méthode curative ou l’emploi du poison qui est le dernier recours”, précise M. Dembélé. La méthode de lutte varie selon la nature du nuisible, mais aussi de la culture ou la récolte.
Maillon essentiel de la production. Par exemple, les traitements sur la banane, le coton, le maïs, le riz, le mil ou de l’arachide, diffèrent, selon que les ennemis soient, les oiseaux, les insectes, les rongeurs, les mauvaises herbes, les sautériaux ou les criquets. Les méthodes culturales consistent par exemple, au respect des normes et des bonnes pratiques culturales comme, le respect des calendriers, l’adoption des techniques culturales telles que le recouvrement des semis quand il s’agit de la culture du riz. L’Office intervient aussi par l’appui conseil des paysans à l’observation des dates de semis, l’entretien des aires cultivés, etc.
La méthode de lutte intégrée est le dernier maillon de la chaîne de production. Elle consiste à rendre les champs propres, débarrassés de toutes mauvaises pratiques culturales et, à encourager les paysans au respect des consignes des services techniques. Il y a aussi la technique d’élimination des sautériaux par le feu et le tracé des espaces vides entre les cultures et les abords du champs qui découragent les jeunes sautériaux ne sachant pas voler, de s’infiltrer dans les champs.
Les cultures plus respectueuses des normes et bien entretenues, résistent mieux aux maladies, soufflent-on souvent aux paysans. On leur apprend en outre, dans le cadre de la lutte individuelle et de proximité, ou dans les luttes collectives, à l’utilisation et le dosage des pesticides, au choix et à la manipulation des appareils comme les pulvérisateurs. Cela permet de produire saint, affirme le directeur général de l’OPV.
La méthode de lutte intégrée est une approche propre qui protège l’environnement et tout en sauvegardant l’écosystème par le maintien en vies des éléments, bien que nuisibles à plusieurs égard, contribuent pour autant à l’équilibre de la nature.
Toutefois, comme en 2004, une faiblesse de la chaîne ou une quelconque défaillance dans le système, peut conduire à la catastrophe. Par, explique Oumar Békaye Dembélé, une semaine de retard d’information sur une situation peut être dramatique dans la protection. C’est alors souvent, que les services ont recours à l’action curative par l’utilisation des pesticides. Cette dernière méthode qui est la plus violente et la coûteuse, est sollicitée en derniers recours et dans les cas d’extrême urgence, signale le directeur de l’Office.
La lutte contre des ennemis aussi nombreux que variés que représentent les insectes, les rongeurs, les oiseaux, les parasites, les mauvaises herbes et les maladies exige une bonne préparation matérielle et beaucoup d’expertise. Chose qui est loin d’être le cas de l’OPV. Ce dernier souffre d’un manque criard de ressources humaines.
Le nombre du personnel ne suffit pas aux besoins, il y a une pénurie de personnel spécialisé en protection des végétaux, déplore son directeur général. Sur un besoin de 302 agents, la structure ne dispose que de 130. Les ressources financières sont exclusivement allouées par le budget d’État et s’élèvent annuellement à 1,2 milliard de Fcfa. Bien que dans le cadre de partenariat avec diverses structures et institutions, l’Office bénéficie souvent d’appuis financiers supplémentaires pour l’exécution de certaines activités ponctuelles.
Au plan logistique, l’Office ne dispose d’aucun avion pulvérisateur. La mobilité au sol étant l’une des conditions d’efficacité dans les opérations, l’Office est peu équipé en véhicules d’intervention. Il manque d’équipements auto-portés et de la logistique aérienne pour les opérations de pulvérisation. Malgré ces contraintes, le service contribue aujourd’hui à la protection des cultures et à la promotion du commerce international, à travers le contrôle de l’homologation des pesticides et de la qualité des exportations et des importations des produits agricoles.
C. A. DIA
L’Essor n°16400 du - 2009-03-11
UN DÉTACHEMENT SPÉCIAL CONTRE LE CRIQUET PÈLERIN
Le souvenir de l'invasion acridienne de 2004 dans les pays du Sahel dont le nôtre est encore vivace. Cette crise sans précédent avait ébranlé les pays touchés par la dévastation des cultures. La menace de la famine avait sérieusement plané. La crainte de revivre une situation similaire a largement contribué à convaincre nos dirigeants à la créer un Centre spécialisé dans la lutte contre le phénomène.
Cette volonté politique appuyée par le Fonds des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), s'est traduite par la création en janvier 2007, du Centre national de lutte contre le criquet pèlerin (CNLP). Service rattaché au département de l'agriculture, le Centre a pour mission de surveiller et de lutter contre le criquet pèlerin sur l'ensemble du territoire national. A cet effet, il est chargé d'élaborer, d'actualiser et de mettre en oeuvre des plans d'action prévisionnels de prospection et de lutte contre le criquet pèlerin. En collaboration avec les structures des pays voisins, le CNLP élabore et met en oeuvre des programmes conjoints de prospection et de lutte contrôle le criquet pèlerin.
Toute action de protection des végétaux doit être accompagnée de mesures de protection de l'environnement. C'est pourquoi le CNLP, dans ses missions, exécute un plan d'action environnemental en rapport avec les services compétents, afin d'atténuer les impacts de la lutte contre le criquet pèlerin sur l'homme et l'environnement. Cette tâche demande la conduite d'études, de recherches et d'expérimentations en acridologie (études du criquet pèlerin), en collaboration avec les institutions spécialisées, les experts nationaux et internationaux.
Au Mali, le CNLP concentre tous ses efforts sur la surveillance et la prévention des menaces acridiennes. Ce qui explique le ciblage de ses zones d'intervention que constitue le septentrion du pays, explique Sory Cissé, chef du département information, communication et documentation du centre. Ainsi, le CNLP dispose d'une base d'intervention à Gao et de trois points d'appui à Tinéssako, Aguelhock et Kidal. Un nouveau point d'appui est en chantier à Yélimané, compte tenu de la proximité du foyer grégaire vers la frontière mauritanienne.
Si la lutte contre le criquet pèlerin couvre tout le territoire, les opérations de surveillance et de prévention ne concernent cependant que des zones spécifiques. Il s'agit des lieux de régénération et les espaces vitaux habituels du criquet pèlerin. Dans ces zones, les coléoptères vivent en permanence et ne débordent que si les conditions de vie deviennent précaires. On les appelle, les zones de grégarisation. Cette carte composée de l'Adrar des Iforas (région de Kidal), Timetrine (frontière Algerie) et le Tamesna (frontière Nigérienne).
Avec l'appui de la FAO, le Centre dispose d'équipements modernes pour faire face à ses missions. La logistique qui est le nerf des opérations est adaptée à la mission. Les véhicules de liaison sont équipés de radars et d'une connexion à un centre de données logé dans les locaux du CNLP à Bamako. Ce-ci permet à l'équipe du centre d'avoir en temps réel, toutes les informations fournies par les agents sur le terrain. Et permet une meilleure coordination des opérations de lutte.
A en croire les responsables, la création du Centre a aujourd'hui installé une certaine sérénité chez les agents de la lutte acridienne dans les prises de décisions. Elle apporte une garantie sécuritaire des investissements en faveur du criquet pèlerin dans un environnement de travail amélioré.
C'est aussi une opportunité pour un lendemain meilleur à la lutte contre le criquet pèlerin au Mali à travers la fixation et la qualification des ressources humaines. Elle écarte le risque de dissipation des précieuses connaissances ou expertises nationales et jette les bases d'une lutte préventive.
C. A. DIA |