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Agriculture : LES ACTRICES DISCRETES DU COMBAT POUR LA SECURITE ALIMENTAIRE

Les femmes occupent une place prépondérante et croissante à tous les niveaux des activités agricoles

C'est indéniable, l’agriculture a un visage féminin. Pauvres parmi les pauvres, les femmes rurales sont des actrices discrètes du développement.


Malgré les pesanteurs socioculturelles notamment le non accès aux outils de production comme la terre, les grossesses répétées, l'analphabétisme, le manque de fonds et d'équipements, les femmes rurales jouent un rôle prépondérant dans l’agriculture.
L’économie malienne est essentiellement basée sur l’agriculture. Le secteur primaire fournit plus de 44,6 % du PIB. Les femmes constituent 51,2 % de la population et représentent 32,7 % de la population active. La grande majorité de la population vit en milieu rural et travaille dans le secteur primaire. Cependant les femmes représentent 77 % des travailleurs de ce secteur et constituent 46 % de la main-d'oeuvre. Et sont présentes à 75 % dans l’agriculture. Elles offrent leurs services à toutes les étapes des travaux agricoles. Elles interviennent aussi bien individuellement que dans le cadre des groupements d’âge.

LES OBSTACLES. Le rôle joué par les femmes dans l’agriculture ne reflète pas leur situation économique. Selon une étude du ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, les problèmes qui freinent la promotion de la femme rurale sont l’accès difficile aux facteurs et moyens de production que sont la terre, le crédit, les équipements, l'eau. S’agissant des ressources foncières naturelles, en droit moderne, les mêmes droits fonciers sont reconnus à l’homme et à la femme qui peut accéder à des titres fonciers.

 
Plusieurs projets et programmes prennent en compte la promotion de la femme rurale. En effet, en droit coutumier, l’accès des femmes rurales à la terre, aux facteurs et moyens de production rencontre des restrictions dans les us et coutumes. Les pratiques coutumières ne leur laissent que la possibilité d’occuper uniquement les terres marginales, hostiles et peu rentables. Dans beaucoup de zones, la femme a recours à l’équipement de l’unité de production familiale.


Le président de l'APCAM, Bakary Togola pense que les femmes rurales jouent un rôle prépondérant dans l'agriculture. Elles sont des actrices de premier plan dans le combat pour la sécurité alimentaire. "Principales productrices, elles veillent depuis la semence jusqu'à la gestion de la production" témoigne le président de l'APCAM selon qui l'équilibre de notre société et le succès de la lutte contre la famine et la sécurité alimentaire dépendront de l'attention accordée aux femmes rurales. La création de la Fédération nationale des femmes rurales du Mali découle de la volonté des pouvoirs publics et des femmes de faire face aux défis qui se posent à elles, a conclu Bakary Togola.

À L’ÉCOUTE DES AGRICULTRICES. De l’Office du Niger à la zone CMDT, en passant par les zones de l'Office de la haute vallée du Niger, l’office riz Ségou, l’office riz Sélingué et les périmètres irrigués de Baguineda, les femmes sont omniprésentes partout sur les superficies de culture. Mme Kanté Ramatou Kéita est agricultrice dans les périmètres rizicoles de Sélingué. Selon cette battante, les femmes travaillent sur toute la chaîne de production au sein du périmètre. " Elles sarclent les champs, plantent, désherbent, moissonnent et engrangent le riz. Sur notre périmètre par exemple, très peu de femmes possèdent des champs, mais sur le terrain les femmes sont plus nombreuses que les hommes", témoigne Mme Kanté Ramatou Kéita.


Sur chaque périmètre, les femmes sont organisées en association. "Nous travaillons sur nos propres parcelles mais aussi pour les hommes qui nous payent", révèle Mme Kamité Salimata Drago, membre de l'association "Benkadi" des périmètres rizicoles de Dioro. Cette association compte plus de 200 femmes reparties entre quatre groupes de travail. "Certaines d'entre-nous s'occupent spécifiquement de la préparation de jeunes plants dans des pépinières. D'autres sont affectées au repiquage du riz, au désherbage. Chaque groupe est suivi par les animateurs agricoles. La présidente de la Fédération nationale des femmes rurales du Mali (FENAFER), Mme Sirébara Fatoumata Diallo déclare que 78% des femmes actives au Mali travaillent dans le secteur rural. "Sur une populations de 8 millions de personnes qu'occupe l'agriculture, 4 millions sont des femmes.


Malgré leur nombre et leur rôle majeur dans le développement, les femmes souffrent d'injustices comme l'accès difficile à la terre et aux crédits, l'alphabétisme et la faiblesse de la couverture sanitaire. Les femmes rurales manquent d'équipements agricoles et ne sont pas bien encadrées. Il y a nécessité de leur faciliter l'accès à la terre et aux équipements. La présidente de la FENAFER a salué les efforts fournis par les autorités en faveur des femmes rurales. Elle propose de renforcer les rôles économiques des femmes dans l’agriculture, l’élevage, la pêche, l’artisanat et le secteur informel. Elle préconise aussi de faciliter l’accès des femmes rurales aux crédits, à la terre et aux équipements productifs. Enfin Mme Sirébara Fatoumata Diallo pense que " l'éradication de ces obstacles, donnera un nouveau souffle à la femme rurale et dynamisera le développement de l’agriculture au Mali ". Au regard de leur rôle prépondérant dans la production et la stabilité des campagnes, les femmes rurales méritent plus d'attention et de moyens.

Doussou DJIRÉ

Alimentation : L'AGRICULTURE PEUT-ELLE NOURRIR LE MONDE ?

Il va falloir intensifier les productions dans les pays
en développement

L’Afrique noire se trouve aujourd’hui à l’origine de 20% des importations mondiales de riz. Ce riz qui pourrait très largement être produit en Afrique si des politiques agricoles incitatives étaient développées dans ce sens. Va-t-on vers un crash alimentaire après un crash financier et une crise économique dont on n’est pas sorti ? En 2008, les cours mondiaux des principaux grains ont triplé. Le riz thaïlandais est passé de 300 à 1000 dollars la tonne de 2006 à avril 2008.


Le prix du riz, aliment de base, a été multiplié par 3 et le prix des autres céréales a plus que doublé avant de retomber brutalement dans la seconde moitié de l’année 2008. Cela a déclenché au printemps de 2008 des émeutes de la faim qui étaient en fait des émeutes de la pauvreté. Au début des années 2000, d’après la FAO, 800 millions de personnes étaient en état de sous alimentation chronique. A cette époque, son directeur Jacques Diouf envisageait une amélioration de cette situation. Le dernier chiffre publié cette année décompte 965 millions de personnes en sous alimentation chronique sur 6.5 milliards d’hommes. Il faut adjoindre 2 milliards de personnes en état de malnutrition pâtissant de régimes alimentaires mal équilibrés, souvent caractérisés par un manque de protéines.


Trois facteurs principaux expliquent l’accroissement de la demande alimentaire. La transition alimentaire (ou nutritionnelle) se passe quand une partie des populations pauvres ont des revenus qui augmentent et consomment au départ davantage de produits végétaux. L’urbanisation est le deuxième facteur. Le troisième facteur est l’accroissement démographique. Entre 1810 et 1920, la population mondiale a doublé passant de 1 à 2 milliards.


Les agriculteurs avaient eu 110 ans pour produire davantage afin de nourrir ce milliard de personnes supplémentaires. Les superficies cultivées avaient alors beaucoup augmenté avec la suppression de la jachère et surtout la colonisation des pays neufs de l’époque (États-Unis, Canada, Argentine, Australie, Afrique du Sud ...) qui a permis la mise en culture de centaines de millions d’hectares de terres nouvelles. L’essentiel de l’accroissement de la production a été dû à l’accroissement des superficies cultivées.


C’est très différent aujourd’hui. On ne peut plus compter que sur les rendements pour nourrir 8 milliards d’hommes en 2025, 9 milliards en 2050 soit 3 milliards de plus entre 2000 et 2050. Les superficies cultivées n’augmentant plus qu’à un rythme très ralenti à l’échelle de la planète. A partir des 275 millions d’hectares irrigués actuels (d’où proviennent 40% de la production agricole mondiale) on ne pourra guère aller au -delà de 350 millions d’hectares à l’échelle de la Terre compte-tenu de la raréfaction des ressources en eau. Il faudra en outre plus de pesticides et d’engrais.


Une solution pourrait être l’agriculture biologique mais elle ne représente qu’1% des surfaces agricoles planétaires et affiche des rendements de 30 à 40 % inférieurs à l’agriculture traditionnelle. L’agriculture "bio" est cependant une approche intéressante. Elle peut apporter de bonnes idées à l’agriculture conventionnelle. Mais elle ne peut pas nourrir la planète.


Jean-Paul Charvet Professeur émérite à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense.

 

 

 
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